Le vocabulaire du collectionneur : le glossaire à connaître
Mint, CIB, slab, kiloware, prix réalisé. Les mots qui reviennent dans toutes les annonces, ce qu'ils veulent dire, et là où on se fait avoir.
Tu tombes sur une annonce qui dit « NM, CIB, jamais descellé ». Si tu débutes, c'est à peu près du klingon.
Comprendre les vendeurs n'est qu'une partie du problème. Il faut aussi savoir décrire tes propres pièces, et reconnaître ce que tu as entre les mains sur un stand. Accessoirement, ça évite de payer une pièce moyenne au prix d'une belle.
Voici les mots qui reviennent partout, ce qu'ils veulent dire, et les endroits où on se fait tous avoir au début. Garde la page sous le coude pour ta prochaine brocante.
L'état, et pourquoi personne n'en parle pareil
C'est le vocabulaire le plus employé et le plus flou, parce que chaque domaine a bâti son échelle dans son coin. On s'y perd tous au début.
Les termes qu'on croise partout
- Mint (M). Aucun défaut, et pas seulement « jamais utilisé » : un objet sorti de sa boîte une seule fois mais avec un coin écrasé n'est pas Mint. Le mot désigne l'atelier où l'on frappe la monnaie, et mint condition décrit l'état d'une pièce qui vient d'en sortir. En pratique, presque personne ne l'attribue et NM fait office de plafond réel.
- Near Mint (NM). Quasi neuf. Un défaut existe, mais il faut le chercher.
- CIB. « Complete In Box » : l'objet, sa boîte, et tout ce qu'elle contenait à l'origine, notice comprise. Sur les jeux vidéo, la boîte et la notice changent beaucoup la valeur d'un même titre.
- Loose. L'inverse du CIB : la cartouche ou le disque seul, sans boîte ni notice. C'est le mot le plus fréquent des annonces de jeux rétro.
- MIB, MOC. « Mint In Box » et « Mint On Card », le pendant du CIB chez les figurines et les jouets : encore dans sa boîte, ou encore fixé sur son carton d'origine.
- Occasion, bon état, comme neuf. Ce ne sont pas des grades, ce sont des mots de vendeur. Ils n'engagent personne.
Les échelles selon le domaine
- Disques. L'échelle Goldmine, celle qu'utilise Discogs : M, NM (écrit aussi M-), VG+, VG, G+, G, puis F et P tout en bas. Elle se note séparément pour le vinyle et pour la pochette, et c'est souvent la pochette qui tire le lot vers le bas.
- Cartes à collectionner. Il existe deux grilles, et c'est un nid à malentendus. En Europe, Cardmarket note MT, NM, EX, GD, LP, PL, PO. Aux États-Unis, on lit plutôt NM, LP (légèrement jouée), MP, HP et DMG. Le sigle « LP » ne désigne pas le même cran d'un côté et de l'autre.
- Monnaies. En France, l'échelle part de AB et B pour monter vers TB, TTB, SUP, SPL et FDC (fleur de coin). Aux États-Unis, c'est l'échelle Sheldon, graduée de 1 à 70. Les Britanniques notent en Fair, Good, Fine, VF, EF puis UNC, sans chiffre. Attention au faux ami : « Good » y désigne un bas de gamme, pas un bon état.
Un réflexe utile quand tu achètes à distance : demande une photo du défaut plutôt qu'une photo de l'objet. Un vendeur sérieux l'envoie sans discuter.
Et quand tu notes l'état chez toi, note-le avec ses défauts. Un critère personnalisé de type liste déroulante permet de reprendre l'échelle de ton domaine au lieu d'en bricoler une, et le compte gratuit en donne trois.
« NM, CIB, jamais descellé » : quasi neuf, complet avec sa boîte et sa notice, et encore sous film d'origine. Trois affirmations, dont la dernière est la seule qu'un vendeur ne peut pas prouver sans une photo du film.
Scellé, blister, rescellé
Les trois états de l'emballage
- Scellé. Encore sous son emballage d'origine, jamais ouvert.
- Blister. L'emballage plastique thermoformé, souvent soudé sur un carton. Un blister intact n'a rien à voir avec un blister recollé.
- Rescellé, ou resealed. Un objet ouvert puis remis sous film pour être revendu comme neuf.
Reconnaître un rescellé
Y arriver suppose de connaître les soudures que faisait le fabricant à l'époque et dans la région concernée, et ça ne s'improvise pas. En attendant d'avoir l'œil, deux signaux suffisent à se méfier : un film trop tendu ou au contraire flottant, et un vendeur qui élude quand on demande une photo du film sous un autre angle. Les indices plus fins sont détaillés dans l'article sur les contrefaçons, le sujet vaut mieux qu'un paragraphe.
Cote, prix demandé, prix réalisé, prix marteau
Quatre mots à ne pas confondre
On les mélange en permanence, et ils ne décrivent pas la même chose.
- La cote. Une valeur de référence publiée par un catalogue ou un site spécialisé. Une indication, rien de plus.
- Le prix demandé. Ce que le vendeur affiche, ni plus ni moins.
- Le prix réalisé. Ce que quelqu'un a effectivement payé. C'est celui qui décrit le marché.
- Prix marteau et frais acheteur. En vente aux enchères, le prix marteau est l'enchère gagnante, et les frais acheteur s'y ajoutent. La facture finale dépasse le chiffre annoncé pendant la vente.
Où lire des prix réalisés
eBay, Delcampe et Discogs donnent accès aux ventes terminées, donc à des prix réalisés. Sur Le Bon Coin, Vinted ou dans les groupes, tu ne verras jamais que des prix demandés. Les pièges de ces historiques sont détaillés dans la méthode pour estimer une pièce.
Gradation, slab et notes
Le principe
- La gradation, ou grading. Confier un objet à une société tierce qui juge son état, lui attribue une note et le scelle dans une coque.
- Le slab. Cette coque plastique scellée, avec son étiquette et sa note.
- Les sociétés. Selon le domaine : PSA et Beckett pour les cartes, CGC pour les comics et désormais les cartes, WATA et VGA pour les jeux vidéo, PCGS et NGC pour les monnaies.
Lire la note
- PSA. De 1 à 10, 10 valant Gem Mint.
- Beckett. Une note globale, plus des sous-notes par critère : centrage, coins, bords et surface.
- WATA. La boîte et le film sont évalués séparément, d'où les étiquettes du genre « 9.4 A++ ».
- VGA. Une note sur 100, pas sur 10 : un « VGA 85 » ne se lit pas contre la même échelle qu'un « PSA 8,5 ».
- PCGS et NGC. Ils reprennent l'échelle Sheldon vue plus haut, d'où les notes du type MS-65.
Une note attribuée par un tiers rassure un acheteur qui ne peut pas toucher l'objet, et c'est là son intérêt principal. En face, tu paies, tu attends longtemps, parfois des mois, et la pièce devient intouchable sans briser la coque. Savoir si ça vaut le coup dans ton cas mérite son propre article, on y viendra.
Tirage, variante, réédition, proof
Tirage et variantes
- Tirage limité. Un nombre d'exemplaires annoncé à la production. Annoncé, pas vérifié.
- Variante. Une différence entre exemplaires d'une même référence : couleur, logo, mention légale, pays de fabrication.
- Erreur. Une variante involontaire. Quelques-unes sont très recherchées, la plupart ne changent rien.
- Réédition, repressage. Un objet refabriqué après sa sortie initiale. Attention, ça compte comme un autre objet, produit plus tard, et ça ne se paie pas comme un pressage original. En vinyle et en jeu rétro, c'est la confusion la plus fréquente : cherche l'année et les mentions gravées ou imprimées, pas la jaquette.
Les qualités de frappe
- Proof ou belle épreuve (BE), et brillant universel (BU). Deux qualités de collection en numismatique. La BE est frappée sur flan poli, avec un fond miroir ; la BU a un aspect brillant plus uniforme. Aucune des deux n'est une pièce de circulation, et on les confond beaucoup dans les coffrets euros.
- FDC. Une autre notion : FDC décrit l'absence d'usure d'une pièce, là où BE et BU décrivent la façon dont elle a été frappée. Un coffret peut se vendre en FDC, en BU ou en BE.
Le piège classique, c'est de confondre tirage et rareté. Un objet produit en grande série mais joué, ouvert et abîmé par tout le monde se trouve plus difficilement en bel état qu'un objet à tirage restreint rangé en vitrine dès le premier jour. Le nombre d'exemplaires encore intacts aujourd'hui, personne ne le connaît.
Provenance, certificat, lot, kiloware
Ce qui atteste l'objet
- La provenance. L'histoire de l'objet : d'où il sort, par quelles mains il est passé. Sur certaines pièces, elle compte autant que l'objet.
- Le certificat d'authenticité. Un document qui atteste l'origine. Sa valeur dépend entièrement de qui l'a signé : l'avis d'un expert reconnu et un papier imprimé par le vendeur lui-même ne se valent pas.
Les achats en gros
- Le lot. Un ensemble vendu en bloc, sans détail pièce par pièce. On y fait parfois de très bonnes affaires, et parfois on hérite surtout d'un problème de place.
- Le kiloware. En philatélie, des timbres vendus au poids plutôt qu'à la pièce, soit encore collés sur leur fragment d'enveloppe, soit déjà décollés. On y trouve de tout, et c'est une façon peu chère de se faire la main.
La provenance est la première information qui s'efface si on ne la note pas tout de suite. C'est même le cœur de notre guide pour bien commencer une collection : deux minutes au moment où l'objet entre chez toi, et tu gardes tout.
Ces grades ont vocation à finir dans une colonne « état ». Reste à choisir dans quoi tu les notes, entre un carnet, un tableur et une application.
Les mots qu'il ne faut pas croire sur parole
À côté du vocabulaire technique, il existe un lexique purement commercial, parfaitement légal et parfaitement vide.
- « Rare », « introuvable », « pièce unique ». Aucun de ces mots n'est défini nulle part. Regarde plutôt la fréquence d'apparition : un objet qui repasse en vente chaque semaine n'a rien d'introuvable.
- « Collector », « édition collector ». Parfois une vraie édition enrichie avec artbook, figurine ou vinyle, parfois un simple emballage différent. Regarde ce qu'il y a dedans, pas le mot sur la boîte.
- « De collection », « vintage ». Ils disent l'âge, pas l'état ni l'intérêt. Un objet peut très bien être ancien et en piteux état.
- « Jamais ouvert », sans photo du film. C'est une affirmation qu'on ne peut pas vérifier. Reporte-toi à la section sur le rescellé.
Chaque domaine a en plus ses propres tics de langage, qu'on repère en lisant beaucoup d'annonces avant d'acheter.
Les trois réflexes à garder
- Faire préciser l'échelle utilisée quand un vendeur annonce un grade.
- Chercher des prix réalisés plutôt que se fier aux annonces en cours.
- Faire relire une annonce douteuse par quelqu'un du domaine avant de payer.
Le vocabulaire s'attrape vite, en lisant des annonces et en regardant comment les autres décrivent leurs pièces. Tu peux voir ces termes employés sur de vrais objets en ouvrant quelques collections.
Toutes les catégories ne sont pas encore garnies, mais celles qui le sont valent le détour.
Questions fréquentes
Que veut dire « mint » pour un objet de collection ?
Mint, abrégé M, désigne un objet sans aucun défaut, et pas seulement un objet jamais utilisé : un exemplaire neuf mais au coin écrasé n'est pas Mint. Le mot désigne l'atelier où l'on frappe la monnaie. En pratique il est très rarement attribué, et Near Mint (NM) fait office de plafond réel.
Que veut dire CIB ?
CIB signifie « Complete In Box » : l'objet est vendu avec sa boîte d'origine et tout ce qu'elle contenait, notice et encarts compris. Son contraire est « loose », l'objet seul sans boîte. Sur les jeux vidéo, la présence de la boîte et de la notice change beaucoup la valeur d'un titre.
Quelle différence entre la cote et le prix de vente ?
La cote est une valeur de référence publiée par un catalogue ou un site spécialisé, le prix demandé est ce qu'affiche un vendeur, et le prix réalisé est ce que quelqu'un a effectivement payé. Seul le troisième décrit le marché réel : filtre les ventes terminées plutôt que les annonces en cours.
Comment repérer un objet rescellé ?
Deux signaux suffisent à se méfier quand on débute : un film trop tendu ou au contraire flottant, et un vendeur qui élude les demandes de photos du film sous un autre angle. Aller plus loin suppose de connaître les soudures propres au fabricant et à l'époque concernée.
Comment savoir si un objet est rare ?
La rareté ne se lit pas dans le tirage annoncé mais dans le nombre d'exemplaires encore en bon état aujourd'hui, que personne ne connaît. Le meilleur indice reste la fréquence d'apparition : un objet qui repasse en vente chaque semaine n'a rien d'introuvable, quoi qu'en dise l'annonce.
Qu'est-ce que le kiloware ?
En philatélie, le kiloware désigne des timbres vendus au poids plutôt qu'à la pièce, encore collés sur leur fragment d'enveloppe ou déjà décollés selon le lot. On y trouve de tout, du très commun au parfois intéressant, et c'est une façon peu chère de se faire la main.