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Collectionner les appareils photo argentiques : le guide complet

Champignons, mousses, cellules, faux Leica et obturateurs qu'on ne force pas : du boîtier de famille à l'étagère de collection, sans abîmer la mécanique.

Un boîtier lourd au fond d'un tiroir, dans une sacoche en cuir qui ferme mal, avec parfois un film entamé dont personne ne sait plus ce qu'il contient. On le garde parce qu'il était à un parent, jusqu'au jour où on veut savoir s'il marche encore.

D'autres partent d'un premier film développé. Et puis on se retrouve avec trois boîtiers sur une étagère, et un quatrième acheté « pour les pièces ».

Ce qui accroche dans un appareil photo argentique

Nicéphore Niépce fixe vers 1827 une vue prise de sa fenêtre, et le daguerréotype est rendu public en 1839. En 1888, George Eastman lance le premier Kodak, vendu chargé pour cent vues et renvoyé entier à l'usine pour le développement, avec le slogan « You press the button, we do the rest ». Chez Leitz, à Wetzlar, Oskar Barnack conçoit un petit appareil pour le film de cinéma de 35 mm, présenté en 1925 sous le nom de Leica. Suivent le Rolleiflex et ses deux objectifs superposés en 1929, le Nikon F en 1959, et les Hasselblad emportés sur la Lune par les missions Apollo.

La France a eu aussi ses fabricants : les Vérascope de Jules Richard, des appareils stéréoscopiques à plaques de verre, ou le Foca d'OPL, lancé à Levallois en 1945, un 24 x 36 à télémètre dans la plupart de ses versions. Et un appareil reste une mécanique qu'on peut encore faire marcher.

Par où commencer

L'appareil qui compte pour toi

On part presque toujours d'un boîtier en particulier, celui des photos de famille ou le premier reflex qu'on a tenu entre les mains. Reste à savoir si on veut s'en servir ou le garder en vitrine, parce que ça change ce qu'on cherchera ensuite.

La première erreur à éviter

Croire qu'un appareil qui déclenche fonctionne. Un obturateur peut claquer à toutes les vitesses en restant bloqué à la même. Et un objectif propre en apparence cache parfois des champignons qu'on ne voit qu'en transparence. Un « testé » sans « avec film » ne dit pas grand-chose.

Délimiter son périmètre

Entre les boîtiers, les objectifs et les variantes de finition, personne ne suit tout, et la plupart d'entre nous finissent par tirer un fil.

  • Une marque. Leica, Nikon, Zeiss Ikon, Kodak ou les fabricants français.
  • Un type d'appareil. Télémètres, reflex, bi-objectifs, folding à soufflet, instantanés ou stéréoscopiques.
  • Un format de film. Le 24 x 36, le moyen format sur film 120, ou les cartouches 126 et 110 des Instamatic.
  • Un pays ou une époque. Les appareils soviétiques, ceux d'Allemagne de l'Est, les reflex japonais des années 1970.

L'usage compte autant que le thème. Le 24 x 36 et le 120 se trouvent encore en film neuf, d'autres formats nettement moins, et certains plus du tout. Si tu veux t'en servir, ça oriente vite la recherche.

Les appareils qui font rêver

Le Leica M3 de 1954, et son viseur dont les collectionneurs parlent encore, reste une référence, tout comme les Leica à monture vissante d'avant-guerre. Le Rolleiflex, le Hasselblad à magasins interchangeables et le Nikon F, premier reflex de la marque pensé d'emblée comme un système complet, se reconnaissent de loin. Côté instantané, le Polaroid SX-70 de 1972 se replie à plat comme un étui.

Et puis il y a les envies moins connues : une chambre en bois avec son objectif en laiton d'origine, un Vérascope avec sa boîte de plaques, ou le boîtier d'une petite marque française qu'on ne croise jamais.

Juger l'état et repérer une contrefaçon

Ce qu'on vérifie avant d'acheter

  • L'optique. Une lampe de poche à travers l'objectif montre ce que l'œil ne voit pas : les champignons forment des filaments ramifiés, le voile donne un aspect laiteux, la séparation des lentilles collées fait des reflets irisés sur les bords. Un peu de poussière, elle, est presque inévitable.
  • L'obturateur. Sur la plupart des Zorki et des FED récents, on arme avant de changer de vitesse ; sur certains folding, la vitesse la plus rapide se règle au contraire avant d'armer. Dans le doute, la notice tranche. Dos ouvert et sans film, déclenche ensuite à une seconde puis aux vitesses rapides en regardant vers une lampe ou une fenêtre, jamais vers le soleil. Sur un boîtier qui se charge par le dessous, on regarde par la fenêtre du film. La pose d'une seconde doit durer à peu près une seconde à l'oreille, mais seul un film développé confirme les vitesses rapides. Ne touche jamais les rideaux ni les lamelles.
  • La cellule. Une bonne partie des appareils des années 1960 et 1970 attendent des piles au mercure introuvables, que les piles actuelles remplacent sans toujours avoir la même tension. Les cellules au sélénium, sans pile, s'usent à la lumière : celles qui ont passé leur vie dans un étui fermé ont en général mieux résisté.
  • Les mousses. Celles du dos et celles qui amortissent le miroir des reflex finissent en poussière ou en pâte collante. Elles se remplacent, avec soin : la pâte salit vite le miroir et le verre de visée, et le solvant ne doit jamais toucher les rideaux.
  • Les mécanismes. Levier d'armement souple, bague de mise au point fluide, lamelles du diaphragme sèches : une trace d'huile sur les lamelles annonce une révision.

Un levier ou un barillet de vitesses qui résiste ne se force jamais. Dans les annonces, les mentions « Mint », « Near Mint » ou « Exc+++ » n'ont pas de définition commune d'un vendeur à l'autre : les photos et la précision « testé avec film » en disent plus long.

« Nikon F chromé, prisme simple sans cellule, numéro de série relevé, avec Nikkor 50 mm f/2. Testé avec un film développé, vitesses lentes justes à l'oreille. Mousses refaites. Objectif : fines rayures de nettoyage sur la lentille avant, ni champignon ni voile. »

Les contrefaçons

  • Les faux Leica. La plupart sont des FED ou des Zorki soviétiques, eux-mêmes inspirés des Leica vissants, regravés et rhabillés, parfois avec de fausses gravures militaires. Des gravures trop épaisses et un numéro mal placé sont les indices qui reviennent le plus, tout comme un objectif d'une autre époque que le boîtier.
  • Les numéros de série. Chez Leica, Nikon et d'autres, les collectionneurs ont publié des listes qui relient un numéro à un modèle et à une année. Un numéro incohérent doit faire tiquer, mais un numéro cohérent ne prouve rien : les faussaires consultent les mêmes listes.
  • Les finitions refaites. Un boîtier chromé repeint en noir pour imiter une version plus rare, ou un appareil remonté avec des pièces de plusieurs exemplaires.

Avant de payer un appareil cher, compare-le à un exemplaire sûr ou montre-le à un réparateur. La démarche générale face à un objet douteux s'applique telle quelle.

Où chercher, en plus des circuits habituels

  • Les brocantes et vide-greniers. Box et folding de famille, et de temps en temps un reflex complet dans sa sacoche.
  • Les foires et bourses photo. La Foire internationale de la photo de Bièvres, dans l'Essonne, tient chaque année un grand marché d'appareils anciens, et des bourses plus modestes existent ailleurs.
  • Les boutiques d'occasion et les réparateurs. Des appareils révisés, et quelqu'un pour te dire ce qui a été refait.
  • Les annonces et les ventes aux enchères. Les lots « matériel photo de mon grand-père » mélangent le bon et l'inutilisable.

Sur une annonce, demande une photo de l'objectif éclairé par l'arrière et une autre de l'obturateur dos ouvert. Les habitudes à prendre en brocante comme sur les annonces ne changent pas pour le matériel photo.

Ranger et entretenir

  • Au sec. Les champignons aiment l'humidité, l'obscurité et l'air confiné. Soit à l'air libre dans une pièce sèche, soit en boîte fermée avec du gel de silice et un petit hygromètre : les photographes visent en général 40 à 50 % d'humidité pour leurs objectifs. Une boîte fermée sans gel est la pire des solutions. Le gel convient au métal, au verre et à l'électronique, mais pas aux sacoches en cuir, qui se rangent à part.
  • Sans piles. Une pile qui coule ronge les contacts et parfois le circuit de la cellule.
  • Obturateur désarmé. Les réparateurs conseillent plutôt de ranger un boîtier mécanique sans laisser ses ressorts tendus, et de faire tourner les vitesses de temps en temps. Exception pour les systèmes qui demandent un boîtier armé pour changer d'objectif, comme les Hasselblad : la notice prime.
  • Bouchons en place. À l'avant et à l'arrière, contre la poussière. Un télémètre laissé objectif vers une fenêtre ensoleillée peut voir son rideau en toile percé par la lumière concentrée.

Pour la poussière, une poire soufflante d'abord, puis seulement si besoin un chiffon microfibre propre ou un papier optique. Pas d'air en bombe, dont le gaz se dépose sur le verre, ni de liquide versé sur l'objectif, qui s'infiltre entre les lentilles. Un objectif touché par les champignons se range à l'écart, le temps de le confier à un réparateur. Pour le reste, les repères d'humidité et de lumière valables pour toute une collection s'appliquent aussi à tes boîtiers.

Ce qu'on note dans l'inventaire

  • Le modèle. Marque, modèle, version, finition, et l'objectif monté : focale, ouverture, monture.
  • Les numéros de série. Boîtier et objectif séparément : ils permettent de dater l'appareil.
  • Le format de film. 24 x 36, 120, 127, 110 ou plaques, pour savoir ce qu'on peut encore y mettre.
  • L'état. Optique, obturateur, cellule, mousses, et testé avec ou sans film.
  • Les révisions. Date, réparateur et ce qui a été fait, ticket à l'appui.
  • La provenance et les accessoires. D'où il vient, la sacoche, les bouchons, la notice, la boîte.

Sur le site, un critère Texte garde le numéro de série, un critère Année tient l'année de fabrication qu'on en déduit, et une liste déroulante l'état de fonctionnement (testé avec film, testé sans film, non testé, pour pièces). Le compte gratuit permet trois critères personnalisés par collection : révisions, accessoires et provenance trouvent alors leur place dans la description. Il limite aussi une collection à 100 appareils, et chaque appareil à quatre photos : pense au dessus et à ses gravures. Un objectif acheté seul mérite sa propre fiche, avec son numéro.

La communauté des collectionneurs d'appareils photo en France

Le Club Niépce Lumière réunit depuis 1979 des collectionneurs d'appareils et d'images, avec sa revue Res Photographica et ses bourses. Le Musée français de la photographie, à Bièvres, et le musée Nicéphore Niépce, à Chalon-sur-Saône, conservent des collections d'appareils qui aident à reconnaître un modèle ou une version. En ligne, les forums d'argentique mêlent collectionneurs et photographes.

Une gravure de capot ou une version de prisme se confirme en comparant plusieurs exemplaires. Une collection rendue publique dans la catégorie Appareils photo du site met tes boîtiers à côté de ceux des autres, et une question posée en commentaire sous une fiche finit par trouver quelqu'un qui a le même modèle.

Questions fréquentes

Comment savoir si un appareil photo argentique fonctionne ?

Sur un télémètre soviétique, arme avant de régler la vitesse ; pour les autres modèles, la notice indique l'ordre. Dos ouvert et sans film, déclenche à une seconde en regardant vers une lampe : la pose doit durer à peu près une seconde à l'oreille. Vérifie la cellule, les mousses du dos et l'objectif en transparence. Seul un film développé confirme les vitesses rapides.

Comment voir s'il y a des champignons dans un objectif ?

Éclaire l'objectif par l'arrière avec une lampe de poche et regarde au travers, diaphragme grand ouvert. Les champignons forment des filaments ramifiés, à distinguer du voile, qui donne un aspect laiteux, et des grains de poussière, presque inévitables. Un objectif atteint se range à l'écart des autres et se confie à un réparateur.

Comment reconnaître un faux Leica ?

La plupart des faux sont des FED ou des Zorki soviétiques regravés. Regarde la finesse des gravures, l'emplacement du numéro de série, sa cohérence avec le modèle dans les listes publiées, et un objectif de la même époque que le boîtier. Pour un appareil cher, demande l'avis d'un réparateur ou d'un collectionneur averti.

Comment ranger des appareils photo argentiques ?

Au sec, à l'air libre dans une pièce sèche ou en boîte fermée avec du gel de silice et un hygromètre, sans piles et bouchons en place. Un boîtier mécanique se range obturateur désarmé, sauf si sa notice demande le contraire. Les sacoches en cuir se rangent à part, loin du gel de silice qui les dessèche.

Par quoi remplacer une pile au mercure dans un appareil photo ?

Les piles au mercure ne se vendent plus, et les piles alcalines de même taille ont une tension un peu plus élevée, qui peut fausser la cellule. Les solutions courantes sont les piles zinc-air de tension proche, les adaptateurs qui abaissent la tension, ou une correction de la mesure après un essai sur film. La notice et les forums du modèle disent ce qui convient.

Comment estimer la valeur d'un vieil appareil photo ?

Pars du modèle exact, grâce au numéro de série, puis compare avec des ventes conclues du même modèle dans le même état de fonctionnement, plutôt qu'avec des annonces. Un appareil testé avec film, avec son objectif d'origine, ne se compare pas à un boîtier « pour pièces ».

Montre-nous ta collection

Ajoute tes objets, leurs photos et l'histoire de chacun. Garde tout ça pour toi si tu préfères, ou publie-le et laisse d'autres passionnés tomber dessus.