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Collectionner les sneakers : le guide complet

DS, VNDS, codes de style, semelles qui s'effritent et contrefaçons : de la paire du collège à l'étagère de boîtes, sans que le temps abîme tout.

Il y a la paire qu'on a usée jusqu'à la corde au collège, et celle qu'on n'a jamais pu s'offrir. Des années plus tard, on retombe dessus en réédition, et quelque chose se rallume.

La plupart des collections de sneakers commencent comme ça : une paire achetée pour la porter, puis une deuxième du même modèle « pour la garder », et un jour une étagère entière de boîtes qu'on n'ouvre que pour les regarder.

Ce qui accroche dans une paire de sneakers

La chaussure de sport a une histoire plus longue qu'on ne le croit. Converse lance en 1917 une chaussure de basket en toile, rebaptisée All Star quelques années plus tard, et le nom de Chuck Taylor y est ajouté au début des années 1930. À Herzogenaurach, en Allemagne, les frères Dassler se séparent à la fin des années 1940 : Adi fonde Adidas, Rudolf fonde Puma, chacun d'un côté de la rivière. En 1965, Adidas donne à sa chaussure de tennis en cuir le nom du joueur français Robert Haillet. Le portrait de l'Américain Stan Smith apparaît sur la languette dans les années 1970, et la chaussure finit par ne plus porter que son nom. La marque Nike naît en 1971, sort l'Air Jordan 1 en 1985 et l'Air Max 1 en 1987, dessinée par Tinker Hatfield, avec sa bulle d'air visible.

Côté français, Spring Court fabrique à partir de 1936, dans le 11e arrondissement de Paris, une chaussure de tennis en toile de coton sur semelle de caoutchouc. Une paire raconte un sport, un quartier, une musique, parfois une époque entière de sa propre vie.

Par où commencer

La paire qui compte pour toi

Le point de départ, c'est en général un modèle précis : celui d'un joueur qu'on suivait, d'un clip qu'on a regardé en boucle, ou d'une cour de récré. Partir de là donne un fil, et ce fil dit déjà quelles paires on a vraiment envie de garder.

La première erreur à éviter

Croire qu'une paire jamais portée est à l'abri du temps. Beaucoup de semelles intermédiaires sont en polyuréthane, un matériau qui se dégrade avec les années, boîte fermée ou pas : il durcit, puis peut se fissurer et s'effriter d'un coup. Une paire neuve d'une vingtaine d'années peut lâcher dès les premiers pas. On l'achète en connaissance de cause, et on l'examine du regard, sans tordre la semelle ni appuyer dessus, avant de songer à la porter.

Délimiter son périmètre

Une marque peut sortir plusieurs coloris du même modèle dans l'année, sans compter les rééditions et les collaborations. Au bout de quelques paires, on resserre d'ordinaire autour d'un fil.

  • Un modèle. Toutes les Air Max 1, toutes les Stan Smith, ou toutes les Jordan d'un même numéro, coloris après coloris.
  • Une marque ou une époque. Les Reebok des années 1980, les modèles de course des années 1990, les marques françaises.
  • Les éditions d'origine ou les rééditions. Les premières sorties, devenues fragiles, ou les « retros », ces rééditions d'un modèle ancien, plus faciles à trouver et à porter.
  • Les collaborations. Avec un designer, un artiste, un club ou une boutique, sorties en quantités limitées.

La pointure est aussi un choix de périmètre. Ceux qui portent leurs paires s'en tiennent à la leur, ceux qui les exposent l'oublient, et ça change beaucoup de choses sur ce qu'on peut trouver.

Les paires qui font rêver

L'Air Jordan 1 de 1985 dans ses coloris d'origine, le noir et rouge ou le blanc, rouge et noir surnommé « Chicago », reste une référence pour beaucoup. La Nike Mag, la chaussure de Retour vers le futur, a été produite en 2011 à 1 500 paires vendues aux enchères au profit de la fondation de Michael J. Fox, avant qu'une version à laçage automatique sorte en très petit nombre quelques années plus tard.

Plus récemment, « The Ten », la collaboration de 2017 entre Nike et Virgil Abloh, fondateur d'Off-White, a revisité dix modèles Nike, Jordan et Converse en les déconstruisant. Chacun a ses graals plus discrets : une paire de basket des années 1980 encore dans sa boîte, un coloris sorti dans un seul pays, une édition d'une boutique de quartier. Ceux-là, on les cherche des années, et c'est une bonne part du plaisir.

Juger l'état et repérer une contrefaçon

Le vocabulaire de l'état

  • DS, pour deadstock. Neuve, jamais portée, en général dans sa boîte d'origine.
  • VNDS, pour very near deadstock. Essayée ou portée une fois ou deux, quasiment neuve.
  • Portée. Avec l'usure à décrire : plis sur l'empeigne, semelle extérieure usée, talon intérieur frotté.

Regarde aussi ce qui vieillit seul : une semelle translucide qui jaunit à la lumière, une semelle qui se décolle, une semelle intermédiaire qui craquelle ou commence à s'effriter. La boîte compte également, avec son étiquette et ses accessoires d'origine, comme les lacets de rechange.

« Nike Air Max 1, réédition, pointure EU 43, boîte d'origine avec étiquette. DS. Bulle d'air légèrement jaunie, aucune fissure visible sur la semelle intermédiaire. »

Les contrefaçons

Les sneakers sont l'un des domaines les plus copiés, et les meilleures copies trompent au premier regard. Quelques vérifications de base :

  • Le code produit. Chez Nike, le code de style, du genre DD1391-100, figure sur l'étiquette intérieure, sous la languette ou dans la doublure, et sur l'étiquette de la boîte. Les deux doivent concorder, avec la pointure. Un code qui concorde ne prouve rien à lui seul : les copies le reprennent.
  • Les dates. Chez Nike, l'étiquette intérieure des paires récentes porte une plage de dates de fabrication, qui précède de quelques mois la sortie annoncée.
  • Les finitions. Coutures régulières, forme du talon, logo, comparés à une paire sûre ou à des photos de référence.

Pour une paire chère achetée entre particuliers, les plateformes qui font vérifier les paires ajoutent une sécurité, sans être infaillibles, et les signaux qui doivent alerter avant de payer valent aussi pour les sneakers.

Où chercher, en plus des circuits habituels

  • Les sorties en magasin et en ligne. Pour les modèles limités, les marques et les boutiques passent souvent par des tirages au sort, les « raffles », où l'on s'inscrit pour avoir la chance d'acheter une paire.
  • Les plateformes spécialisées. Elles proposent des paires neuves et d'occasion, et certaines font vérifier les paires avant de les envoyer.
  • Les conventions de sneakers. Des salons réunissent revendeurs et collectionneurs, à Paris comme dans d'autres villes, avec des paires à voir de près.
  • Les friperies et les vide-greniers. Pour les modèles anciens portés, parfois une paire d'origine oubliée dans un carton.

Les réflexes à garder sur les sites d'annonces valent aussi pour les sneakers. Une paire rare proposée nettement sous les prix habituels, sans photo de l'étiquette intérieure, mérite qu'on passe son tour.

Ranger et entretenir

  • À l'abri de la lumière. Les UV, même ceux d'une pièce lumineuse, accélèrent le jaunissement des semelles translucides et des parties blanches. La boîte d'origine, ou une boîte opaque, les en protège.
  • Au frais, au sec et aéré. La chaleur et l'humidité accélèrent la dégradation du polyuréthane. Ni cave humide, ni grenier, ni voiture au soleil, et pas de sac plastique hermétique où l'humidité reste prisonnière. Le sachet de gel de silice glissé dans certaines boîtes neuves assèche fort le cuir et la toile : une pièce sèche vaut mieux qu'un sachet dans la boîte.
  • En forme. Des embauchoirs glissés sans forcer, ou du papier de soie sans acide dans l'avant-pied évitent que l'empeigne se plisse ou s'affaisse.
  • Sans les écraser. Des boîtes empilées trop haut finissent par s'enfoncer, et la paire du dessous avec.

Pour l'entretien, une brosse douce à sec suffit la plupart du temps. Une peinture de semelle qui s'écaille, une semelle intermédiaire qui craquelle ou une colle qui lâche ne se brossent pas et ne se mouillent pas. Sur le cuir lisse et la toile, un chiffon à peine humide d'eau claire enlève les traces. Le daim et le nubuck, eux, ne voient pas l'eau : brosse sèche dédiée, et rien d'autre si tu n'es pas sûr de toi. Jamais de machine à laver ni de séchage sur un radiateur, qui décollent les semelles et déforment la paire, et pas d'eau de Javel sur les semelles, qui attaque le caoutchouc. Ce que la lumière, la chaleur et l'humidité font à une collection en général se lit à part.

Ce qu'on note dans l'inventaire

  • Le modèle. Marque, nom du modèle, coloris et son surnom s'il en a un.
  • Le code de style. C'est lui qui identifie sans ambiguïté le coloris et la sortie.
  • La pointure. Avec son système (EU, US ou UK) : les pointures ne se convertissent pas toujours de la même façon d'une marque à l'autre.
  • La sortie. Année, édition d'origine ou réédition, collaboration éventuelle.
  • L'état. DS, VNDS ou portée, la boîte, les accessoires, et l'état de la semelle.
  • La provenance. Où, quand, et le ticket ou la facture s'il existe.

Sur le site, un critère Texte garde la pointure avec son système (« EU 42 2/3 », « US 9,5 »), une liste déroulante tient l'état, et le code de style trouve sa place dans le titre, où la recherche de la collection le retrouve. Le compte gratuit s'en tient à trois critères personnalisés par collection, 100 paires par collection et quatre photos par paire : profil, semelle, étiquette intérieure et boîte font un bon jeu de quatre.

La communauté des sneakers en France

Les collectionneurs de sneakers se retrouvent beaucoup en ligne : comptes spécialisés, serveurs de discussion, forums où l'on fait vérifier une paire avant de l'acheter. Les conventions et les boutiques indépendantes restent les endroits où l'on voit les paires en vrai, et où l'on parle de modèles anciens avec ceux qui les ont portés à l'époque.

Paris a d'ailleurs sa place dans cette histoire : Tinker Hatfield a raconté s'être inspiré du Centre Pompidou, et de sa structure montrée en façade, pour la bulle visible de l'Air Max 1. Spring Court, elle, a gardé son adresse du passage Piver.

Montrer sa collection, c'est aussi une manière de la documenter. Une collection rendue publique dans la catégorie Chaussures / Sneakers du site permet à d'autres collectionneurs de comparer un coloris ou une étiquette avec la leur, et de poser la question en commentaire sous la fiche.

Questions fréquentes

Que veulent dire DS et VNDS pour des sneakers ?

DS, pour deadstock, désigne une paire neuve, jamais portée, en général dans sa boîte d'origine. VNDS, pour very near deadstock, une paire essayée ou portée une fois ou deux, quasiment neuve. Au-delà, on parle d'une paire portée, en décrivant son usure.

Pourquoi la semelle de mes sneakers s'effrite ?

Beaucoup de semelles intermédiaires sont en polyuréthane, un matériau qui se dégrade avec le temps, même sur une paire jamais portée. La chaleur et l'humidité accélèrent le phénomène. Une paire ancienne peut donc lâcher dès les premiers pas : mieux vaut l'examiner avant de la porter.

Comment savoir si des sneakers sont fausses ?

Compare le code de style de l'étiquette intérieure avec celui de la boîte, vérifie que la date de fabrication colle avec l'année de sortie, et examine coutures, forme et logo à côté d'une paire sûre. Pour une paire chère, passe par un service d'authentification, sans le croire infaillible, plutôt que de te fier aux seules photos.

Comment ranger une collection de sneakers ?

Dans leur boîte d'origine ou une boîte opaque, à l'abri de la lumière qui jaunit les semelles, dans une pièce fraîche, sèche et aérée, avec du papier de soie sans acide ou des embauchoirs pour garder la forme. On évite les sacs plastique hermétiques et les piles de boîtes trop hautes.

Comment vendre une collection de sneakers ?

Photographie chaque paire de profil, par-dessous, avec son étiquette intérieure et sa boîte, et décris honnêtement l'état et la semelle. Une paire rare se vend plutôt seule, sur une plateforme qui fait vérifier l'authenticité, des paires portées courantes plutôt en annonces classiques.

Montre-nous ta collection

Ajoute tes objets, leurs photos et l'histoire de chacun. Garde tout ça pour toi si tu préfères, ou publie-le et laisse d'autres passionnés tomber dessus.