Conserver sa collection : humidité, lumière, poussière
Ce qui abîme tes objets sans prévenir, la bonne pièce de la maison et les protections qui conviennent à chaque matériau, sans matériel de musée.
Une collection ne se dégrade presque jamais d'un coup. Elle se dégrade lentement, dans un endroit qu'on croyait sûr, et on le découvre en rouvrant un carton.
Bonne nouvelle, pas besoin de matériel de musée : comprendre ce qui abîme les objets et trouver la bonne pièce de la maison règle déjà une bonne partie du problème. Le guide pour débuter parle surtout de chercher et de documenter ; ici, il s'agit de ce qui arrive aux pièces une fois rangées.
Les quatre ennemis
La poussière et les nuisibles se voient, et des boîtes fermées ou une vitrine les tiennent en grande partie à distance. Les quatre suivants agissent sans prévenir, en général ensemble, et la plupart de leurs dégâts ne se rattrapent pas, ou alors chez un restaurateur.
La lumière
Les ultraviolets, et dans une moindre mesure la lumière visible, décolorent les encres et les teintures, jaunissent les plastiques et fragilisent le papier. Les dégâts s'additionnent : ce qui compte, c'est la quantité de lumière reçue au fil des années, intensité et durée comprises.
L'humidité
Trop humide, on récolte des moisissures, des rousseurs sur le papier, de la corrosion sur le métal. Trop sec, le papier et le cuir deviennent cassants. Les variations rapides font en plus travailler le bois, le papier et le cuir, qui gonflent et se rétractent à chaque écart : pour ces matériaux, un niveau stable un peu imparfait abîme en général moins qu'un niveau qui bouge sans arrêt. Une humidité durablement élevée, même stable, reste la porte ouverte aux moisissures.
La chaleur
Elle accélère les réactions chimiques, ramollit les plastiques et dessèche les colles. Un objet posé au-dessus d'un radiateur ou contre une baie vitrée vieillit plus vite que le même objet rangé un peu plus loin.
L'acidité
Celui-là, on y pense rarement. Le carton et le papier journal contiennent de la lignine, qui les fait jaunir et les fragilise avec le temps. L'acidité migre aussi : un intercalaire de mauvaise qualité finit par abîmer ce qu'il devait protéger.
Où ranger, et pourquoi ni cave ni grenier
Les conditions à viser
Une pièce d'habitation, loin d'un mur extérieur, à l'abri du soleil direct, autour de 18 à 20 °C et de 50 % d'humidité relative, sans variation brutale.
Ce sont les valeurs que recommandent généralement les conservateurs pour une collection mixte. Le métal et les photos se portent mieux un peu plus au sec. Et inutile d'humidifier une pièce chauffée en hiver pour atteindre ce chiffre : l'eau irait se condenser sur les murs froids.
Les endroits à éviter
- La cave. Humidité élevée, air qui circule mal, risque de dégât d'eau. Les moisissures s'y installent vite.
- Le grenier. Des écarts de température considérables entre l'été et l'hiver, de la poussière, et souvent une fenêtre de toit.
- Le garage. Variations, poussière, vapeurs d'essence et de solvants, et des nuisibles qui ont le temps de s'installer.
Trois réflexes de rangement
Ne pas poser un carton à même le sol, à cause de la condensation et du premier débordement de machine à laver. Et laisser quelques centimètres entre les contenants et un mur extérieur, pour que l'air circule. Enfin, une pièce qui arrive d'une brocante ou d'un grenier passe quelques jours à part, le temps de vérifier qu'elle n'apporte ni moisissure ni insectes.
Papier, carton, photos
Une famille fragile, qui concerne beaucoup de collections : bandes dessinées, timbres, cartes postales, affiches, notices, photographies.
Les bons consommables
- Sans acide et sans lignine. Pochettes, intercalaires, boîtes : un carton « sans acide » qui contient de la lignine peut redevenir acide en vieillissant.
- Pour les photographies. Des pochettes non tamponnées ou marquées PAT, un test qui vérifie leur compatibilité avec les tirages.
- Polypropylène ou polyester. Sans plastifiant ni revêtement, plutôt que du PVC, qui relâche des plastifiants collants puis, en vieillissant, des composés chlorés qui attaquent le métal. Le polyester se charge d'électricité statique : on l'évite pour ce qui s'effrite en surface, comme le pastel ou le fusain.
- Les pochettes intérieures de disques. Celles d'origine, en papier, rayent et laissent des fibres : on les remplace par des pochettes antistatiques, en gardant l'originale dans la pochette extérieure.
Debout ou à plat
- Debout, bien calé. Vinyles, bandes dessinées en boîtes longues, cartes en boîtes. Ni trop serré, ni assez lâche pour que ça penche : un disque stocké de travers finit voilé.
- À plat. Les grands formats, les affiches, les livres trop hauts pour tenir debout sans s'affaisser. En petites piles.
- Roulé, en dernier recours. Sur un grand diamètre. Une affiche arrivée pliée, comme beaucoup d'affiches de cinéma anciennes, ne se force pas à plat : le papier cassant se fend le long des plis, et l'aplanissement est un travail de restaurateur.
Plastique, métal, textile, bois
Plastique
Figurines, jouets et blisters jaunissent sous l'effet des UV et de la chaleur. Un plastique qui devient collant ou sent le vinaigre est en train de se dégrader et peut abîmer ses voisins : on l'isole, dans un endroit aéré.
Métal
On a presque tous eu envie, un jour, de faire briller une pièce ternie. Mieux vaut s'abstenir : frotter ou polir enlève la patine et laisse des micro-rayures visibles à la loupe, ce que les numismates considèrent en général comme une dégradation, et un expert en tient compte au moment de situer la pièce sur l'échelle des monnaies. Manipule-la par la tranche, de préférence avec des gants en nitrile, le coton accrochant et réduisant la prise. Et pas de pochettes en PVC pour les monnaies, qui finissent par y déposer un résidu verdâtre.
Textile
Maillots, uniformes, peluches : à plat de préférence, un cintre finissant par déformer les épaules d'une pièce lourde. Du papier de soie sans acide dans les plis, non tamponné pour la soie et la laine, et un œil sur les mites.
Bois
Jeux anciens, cadres, boîtes : c'est la stabilité de l'humidité qui compte, faute de quoi le bois travaille, fend ou se voile. Le bois brut y est en général plus sensible que le bois verni ou ciré.
L'électronique, un cas à part
Consoles, magnétoscopes, appareils photo, jouets électroniques : leur façon de se dégrader leur est propre, et souvent irréversible.
- Les piles amovibles. Retire-les : une pile oubliée peut couler et ronger les contacts, parfois la carte entière. Les piles soudées qui gardent une sauvegarde ou un réglage restent en place tant qu'on ne sait pas ce qu'on perd en les retirant.
- La mise sous tension. Débranche, et évite de laisser un appareil en veille pendant des mois.
- Les condensateurs électrolytiques. Ils vieillissent même sans servir : resté longtemps au placard, un appareil peut demander une remise en état avant d'être rallumé. Renseigne-toi avant d'appuyer sur le bouton.
- Les piles de sauvegarde. Dans beaucoup de cartouches, la sauvegarde disparaît quand la pile s'épuise. La remplacer l'efface aussi si on ne l'a pas copiée avant, et l'opération demande en général de souder : autant la confier à quelqu'un qui a l'habitude.
Les protections qui valent le coup
Le matériel utile
- Les pochettes adaptées au format. Trop grande, l'objet bouge dedans ; trop juste, elle le marque.
- Les boîtes archives. Rigides et sans acide, elles protègent de la lumière autant que de la poussière.
- Le gel de silice. Dans un contenant fermé, sinon il sature vite sans rien protéger. Sec, il assèche fort : il convient au métal et à l'électronique, alors que le papier, le bois, le cuir et le textile en deviennent cassants. Il se régénère en le chauffant, à la température et pendant la durée indiquées par le fabricant ; les gels à indicateur coloré supportent souvent moins bien la chaleur, et les anciens gels bleus se manipulent avec des gants.
- Un hygromètre. De préférence à mémoire, qui garde le minimum et le maximum, posé là où la collection est rangée. Les modèles bon marché peuvent se tromper : placé quelques heures dans un sac fermé avec un peu de sel humidifié, un appareil juste affiche environ 75 %.
Ce qu'il faut éviter
Le film étirable au contact direct, qui piège l'humidité et colle en vieillissant. Le ruban adhésif, dont la colle traverse et tache. Les élastiques, qui collent puis durcissent en laissant une trace incrustée, et dont le soufre ternit l'argent. Et les cartons de déménagement ordinaires, acides par construction.
Ce qu'une vitrine protège
Une vitrine arrête la poussière et les mains, ce qui n'est déjà pas rien. Contre la chaleur elle ne peut rien, et un verre standard ne filtre qu'une partie des ultraviolets.
Ce qui fait la différence
- Un traitement anti-UV. Sur le verre ou l'acrylique, ou à défaut un film filtrant à poser soi-même.
- L'emplacement. Loin d'une fenêtre et d'un radiateur, sur un mur intérieur : c'est lui qui décide de l'essentiel.
- Un éclairage LED. Il chauffe peu et émet très peu d'ultraviolets, mais sa lumière décolore quand même les pièces sensibles : on l'éteint quand personne ne regarde.
- Des matériaux sains. Une vitrine fermée amortit les écarts d'humidité, mais elle retient aussi les vapeurs de ses propres matériaux : aggloméré, MDF, chêne, peinture ou colle fraîches attaquent le métal. Laisse une vitrine neuve ou repeinte s'aérer longuement avant d'y installer des monnaies ou des figurines en plomb.
Faire tourner les pièces
Alterner les pièces exposées répartit la lumière reçue sur l'ensemble de la collection, au lieu de la concentrer sur les trois plus belles.
Le calendrier d'entretien
Quatre rendez-vous par an suffisent, un par changement de saison, une heure à chaque fois.
- Relève l'hygromètre. Un modèle à mémoire montre le minimum et le maximum atteints depuis la dernière visite, et ce sont ces écarts qui renseignent.
- Ouvre deux ou trois contenants au hasard. Les problèmes se voient tôt : une odeur de renfermé, un point de moisissure, une trace de rouille.
- Dépoussière sans produit. Au pinceau doux, sur ce qui est dur et stable. Pas sur les monnaies, les photos ou une surface qui s'écaille, et les disques ont leurs propres brosses. Une trace de moisissure ne se brosse pas sur place : on isole l'objet dans un sac fermé, loin du reste, et on demande conseil.
- Fais tourner les pièces exposées. Et régénère le gel de silice si besoin, selon les indications du fabricant.
Pour une pièce déjà abîmée, les Notes de l'Institut canadien de conservation, publiées en français, et les restaurateurs du patrimoine sont de meilleurs interlocuteurs qu'un tutoriel.
Si tu tiens un inventaire, profites-en pour noter l'état dans ta fiche avec la date du contrôle, et refais une photo du défaut quand il a évolué.
Si tu tiens ta collection sur le site, un critère personnalisé de type date peut porter la date du dernier contrôle. Le compte gratuit en autorise trois par collection, avec 4 photos par objet : pour suivre un défaut dans le temps, il faudra remplacer une vue plutôt qu'en ajouter.
Questions fréquentes
Quelle température et quelle humidité pour conserver une collection ?
Les conservateurs recommandent généralement une pièce autour de 18 à 20 °C et de 50 % d'humidité relative, sans variation brutale, pour une collection mixte. Le métal et les photos préfèrent un peu plus sec. Inutile d'humidifier une pièce chauffée en hiver : l'eau se condenserait sur les murs.
Peut-on stocker une collection dans une cave ou un grenier ?
Ce sont, avec le garage, les endroits à éviter. La cave est en général humide, l'air y circule mal et le risque de dégât d'eau existe. Le grenier subit des écarts de température considérables entre l'été et l'hiver, avec de la poussière et souvent une fenêtre de toit.
Faut-il nettoyer ses pièces de monnaie ?
Mieux vaut s'abstenir. Frotter ou polir enlève la patine et laisse des micro-rayures, ce que les numismates considèrent en général comme une dégradation. Manipule par la tranche, de préférence avec des gants en nitrile, et évite les pochettes en PVC, qui déposent un résidu verdâtre.
Comment protéger sa collection de la lumière ?
En l'éloignant du soleil direct et des fenêtres, en rangeant dans des boîtes ce qui n'est pas exposé, et en faisant tourner les pièces visibles. Une vitrine arrête la poussière ; contre les ultraviolets, il faut un verre traité ou un film filtrant. Si elle est éclairée, préfère des LED et éteins-les quand personne ne regarde.
Faut-il retirer les piles des appareils de collection ?
Oui pour les piles amovibles : une pile oubliée peut couler et ronger les contacts, parfois la carte entière. Les piles soudées qui gardent une sauvegarde restent en place tant qu'on n'a pas copié ce qu'elles conservent. Ne stocke rien sous tension.