Collectionner les cartes postales : le guide complet
Une vue de sa commune, un cachet, quelques mots au dos : dater une carte ancienne, repérer un fac-similé et ranger ses cartes sans les abîmer.
Une boîte à chaussures au fond d'une armoire, et dedans, des dizaines de cartes : la place du village avec ses charrettes, une plage bretonne, quelques mots pressés au dos, « bien arrivés, il fait beau ». Beaucoup de cartophiles ont commencé comme ça, en cherchant la rue où ils habitent.
La carte postale ancienne a l'air modeste, mais elle garde la mémoire des lieux mieux qu'on ne le croit. Voici de quoi la dater, et retrouver ceux qui cherchent les mêmes vues.
Ce qui accroche dans une carte postale
La France adopte la carte postale officielle en 1873, d'abord sans image. Quelques cartes illustrées circulaient déjà, comme celles du camp de Conlie en 1870, mais le premier vrai succès revient aux cartes gravées par Léon-Charles Libonis, avec la tour Eiffel, vendues pendant l'Exposition universelle de 1889. Une quinzaine d'années plus tard, presque chaque village a ses vues, et on parle aujourd'hui des années 1900 à 1914 comme de l'âge d'or de la carte.
Ce qui attire, c'est d'abord l'image : une gare aujourd'hui disparue, des commerçants posant devant leur boutique. Et puis il y a le verso, son cachet, une écriture penchée. Quand la carte a voyagé, on finit par lire les messages autant que les vues.
Par où commencer
Sa commune, ou un sujet
La plupart d'entre nous partent d'un lieu : la commune où l'on vit, ou celle des grands-parents. C'est une bonne porte d'entrée, parce qu'on reconnaît les rues et que chaque nouvelle vue apprend quelque chose. D'autres partent d'un sujet qui les touche déjà, les trains ou la mer, et le lieu passe au second plan.
Dans les annonces, CPA désigne la carte ancienne, en gros jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. CPSM désigne la semi-moderne, des années 1940 aux années 1960 environ, souvent brillante et aux bords dentelés, d'abord au petit format puis, dans les années 1950, au format 10,5 x 15 cm. CPM désigne la moderne, imprimée en couleurs, au même grand format.
La première erreur à éviter
Ne regarder que l'image. Sur beaucoup de cartes, la légende imprimée sous la vue donne le numéro et la marque de l'éditeur (« ND Phot. », « LL. »), et le verso porte le timbre et la date du cachet : tout ce qui permet de dater et de classer une carte. Un lot trié à la va-vite perd une bonne partie de ce qu'il raconte. Et pas d'annotation au stylo sur la carte : un numéro d'inventaire se met sur la pochette.
Délimiter son périmètre
Les éditeurs sont passés dans à peu près toutes les communes, et à plusieurs reprises pour beaucoup d'entre elles. Personne ne peut tout suivre : la collection se resserre d'elle-même autour de ce qui nous parle.
- Un lieu. Une commune, un canton, un département : la collection dite « topographique », très répandue en France.
- Un thème. Les gares et les tramways, les petits métiers, les fêtes, les phares.
- Un illustrateur. Les cartes de fantaisie dessinées, Art nouveau en tête, signées par des artistes qu'on suit d'une série à l'autre.
- Un éditeur. Ses séries numérotées, ses procédés d'impression, sa façon de signer.
- Une époque. Les précurseurs d'avant 1904, les cartes de la guerre de 1914-1918, ou les semi-modernes des années 1950.
Les cartes qui font rêver
Les cartophiles parlent de carte « animée » quand des personnages occupent la vue : un marché, un forgeron devant sa forge. Elles sont bien plus recherchées qu'une rue déserte. Les cartes-photos tirées par un photographe local, en petit nombre, font partie des belles trouvailles : certaines montrent un événement qu'aucun éditeur n'a jamais diffusé, une inondation ou une inauguration.
Côté fantaisie, les cartes d'Alphonse Mucha et des grands illustrateurs Art nouveau ont leurs fidèles, comme les cartes Libonis de 1889 pour ceux qui remontent aux origines. Mais pour un collectionneur topographique, le graal, c'est plutôt une vue précise : la boulangerie de l'arrière-grand-père, l'école avant sa reconstruction.
Dater une carte et juger son état
Les indices de datation
- Le verso. Avant 1904 environ, il était réservé à l'adresse, et le message s'écrivait sur la vue. Un dos divisé en deux, correspondance à gauche et adresse à droite, indique une carte plus récente.
- Le cachet et le timbre. Sur une carte qui a circulé, la date du cachet donne un repère sûr, même si la photo peut être plus ancienne que l'envoi.
- Le procédé. La phototypie, très employée au début du XXe siècle, donne une image mate et fine, sans points de trame à la loupe, et l'héliogravure, aux tons sépia, prend le relais après la Première Guerre mondiale. Les cartes d'éditeur au bromure, brillantes et dentelées, sont plutôt des années 1950 ; une carte-photo de photographe local, elle aussi sur papier photo, peut être bien plus ancienne.
- L'éditeur. Sa signature, son adresse et sa numérotation évoluent avec le temps, et les catalogues de cartophiles les recensent.
Ancienne ou reproduction
Des vues anciennes sont régulièrement reproduites, pour les offices de tourisme ou la décoration : ces rééditions sont légitimes tant qu'elles sont vendues comme des reproductions. Le piège, c'est le fac-similé présenté comme d'époque.
À la loupe, il montre en général une trame de points régulière, que la phototypie n'a pas ; certaines cartes anciennes sont tramées aussi, d'où l'intérêt de comparer. Sous une lampe UV, son carton blanc brille souvent, là où un carton d'avant les années 1950 reste terne. Les tests de lumière et de loupe s'appliquent ici comme ailleurs, face à une carte sûre du même éditeur.
L'état
On regarde les coins (vifs, émoussés ou cornés), les plis, les déchirures, les taches et les rousseurs, les traces de punaise ou de colle d'album. Un timbre découpé se signale. Une écriture sur la vue n'a rien d'anormal sur une carte d'avant 1904, c'était la seule place pour le message, et la plupart des cartophiles ne la comptent pas comme un défaut.
« CPA, Saint-Malo, la grande plage animée, éditeur et numéro de vue lisibles dans la légende. Dos non divisé, message sur la vue, circulée avec cachet lisible. Coins légèrement émoussés, ni pli ni tache. »
Où chercher, en plus des circuits habituels
- Les bourses cartophiles. Les marchands y présentent leurs cartes dans des bacs classés en principe par département puis par commune : on vient avec sa liste, et on fouille.
- Les salons de vieux papiers. Cartes, photos et documents anciens s'y côtoient, et une carte rare d'un village s'y cache parfois dans un bac thématique.
- Delcampe. Les cartes françaises y sont classées par département puis par commune : on suit sa commune annonce après annonce, une recherche enregistrée prévient des nouvelles vues, et le filtre des objets vendus montre celles déjà passées, utile pour identifier une vue ou repérer une variante.
- Les successions et les greniers. Beaucoup de cartes dorment encore dans des albums de famille.
Vide-greniers et annonces locales restent de bons terrains, et les habitudes des chineurs valent pour les cartes. Pour un achat à distance, demande toujours le verso : une annonce qui ne montre que la vue cache parfois un timbre découpé ou une reproduction.
Ranger et manipuler
- Les pochettes. En polypropylène ou en polyester, sans PVC, au format de la carte : une carte de 10,5 x 15 cm, CPM ou CPSM grand format, ne rentre pas dans une pochette de CPA, et l'inverse flotte.
- Les boîtes et les classeurs. Une boîte en carton sans acide, où les cartes tiennent debout sans être tassées, plutôt que la boîte à chaussures d'origine, ou un classeur à feuillets sans PVC.
- Les anciens albums à fentes. Ils abîment les coins. On en retire les cartes doucement, sans forcer : une carte collée reste en place en attendant un avis.
- Les cartes-photos. L'image argentique marque au moindre contact : on les prend par les bords, sans toucher la vue, et on les range plutôt dans des pochettes marquées PAT, prévues pour les photographies.
Pas d'élastique, de trombone ni d'adhésif, et aucun nettoyage à l'eau ou à la gomme sur une carte ancienne. Le carton vieillit comme les autres papiers, et ce que le papier redoute, de la lumière à l'acidité des cartons ordinaires, vaut aussi pour les cartes.
Ce qu'on note dans l'inventaire
- Le lieu et le sujet. Département, commune, et ce que montre la vue, en reprenant la légende imprimée.
- L'éditeur. Son nom et le numéro de la vue, la clé pour repérer un doublon ou une variante.
- Le type. CPA, CPSM ou CPM, carte-photo, animée ou non.
- La circulation. Circulée ou non, date du cachet, et le timbre s'il présente un intérêt.
- L'état et la provenance. Les défauts relevés, et d'où vient la carte, album de famille ou bourse.
Sur le site, mieux vaut écrire la commune dans le titre de chaque carte, où la recherche dans la collection la retrouve, que d'en faire une liste déroulante, plafonnée à 30 choix. Le compte gratuit compte trois critères personnalisés par collection et quatre photos par objet, de quoi montrer le recto, le verso et un détail. Il s'arrête en revanche à 100 objets par collection, qu'une commune un peu photographiée dépasse vite : on découpe alors par quartier, par éditeur ou par époque. Bâtir une fiche d'inventaire se fait de la même façon pour tous les objets, cartes comprises.
La communauté cartophile en France
Les clubs cartophiles existent dans la plupart des régions. On y trouve des bourses, un bulletin dans certains clubs, et des membres qui connaissent les éditeurs locaux sur le bout des doigts. Les sociétés d'histoire locale sont aussi de bonnes adresses : leurs ouvrages sur un village « d'autrefois » s'appuient volontiers sur des cartes prêtées par des collectionneurs.
Beaucoup d'archives départementales ont numérisé tout ou partie de leur fonds de cartes postales, consultable en ligne, ce qui aide à identifier une vue sans légende. Sur le site, la catégorie Cartes postales réunit déjà quelques collections de vues anciennes, et il y a de la place pour la tienne, recto et verso.
Questions fréquentes
Comment dater une carte postale ancienne ?
En croisant plusieurs indices : un verso réservé à l'adresse indique en général une carte d'avant 1904 environ, un dos divisé une carte plus récente. La date du cachet, le procédé d'impression (phototypie mate au début du siècle, héliogravure sépia ensuite, bromure brillant des années 1950 pour les cartes d'éditeur) et la marque de l'éditeur, qui évolue avec le temps, complètent le tableau. Une carte-photo de photographe local, sur papier photo, peut être bien plus ancienne qu'elle n'en a l'air.
Que veulent dire CPA, CPSM et CPM ?
CPA désigne la carte postale ancienne, en gros jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. CPSM désigne la semi-moderne, des années 1940 aux années 1960 environ, souvent brillante et dentelée, au petit puis au grand format. CPM désigne la moderne, imprimée en couleurs. Les bornes varient un peu d'un collectionneur à l'autre.
Comment trouver les cartes postales anciennes de sa commune ?
Sur Delcampe, les cartes françaises sont classées par département puis par commune, et une recherche enregistrée prévient des nouvelles vues. Dans les bourses cartophiles, les bacs suivent le plus souvent le même classement. Les archives départementales, dont beaucoup ont mis leur fonds en ligne, aident aussi à savoir quelles vues existent.
Comment reconnaître une vraie carte postale ancienne ?
À la loupe, un fac-similé moderne montre en général une trame de points régulière, absente de la phototypie, et son carton blanc brille souvent sous une lampe UV. On compare avec une carte sûre du même éditeur, légende et verso compris.
Comment savoir si une carte postale ancienne a de la valeur ?
L'animation, le lieu, l'éditeur et l'état, coins et plis compris, comptent plus que l'âge seul. Le mieux est de chercher la même vue parmi les objets vendus sur Delcampe, plutôt que de se fier aux prix affichés.
Comment vendre une collection de cartes postales anciennes ?
En triant d'abord par lieu : les cartes d'une même commune intéressent les collectionneurs de cette commune, et les vues recherchées trouvent plus facilement preneur à la pièce que noyées dans un lot en vrac. Montrer le verso de chaque carte évite les malentendus. Pour un fonds familial qu'on ne veut pas disperser, les archives départementales ou la société d'histoire locale peuvent aussi être sollicitées.