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Collectionner les livres anciens : le guide complet

Page de titre, justification du tirage, collation : apprendre à lire un livre comme un libraire, puis le ranger sans fatiguer sa reliure.

Un dos de cuir fané sur l'étagère d'une maison de famille, un nom à l'encre brune sur la page de garde. Bien des bibliothèques sont nées d'un seul volume de ce genre, qu'on n'a jamais pu se résoudre à laisser partir.

Le livre ancien intimide un peu, avec son vocabulaire de libraire et ses pages de titre en latin. Une fois qu'on sait le lire, il en dit long sur ceux qui l'ont imprimé et sur les mains par lesquelles il est passé.

Ce qui accroche dans un livre ancien

Un livre est un texte, mais aussi un objet fabriqué à la main pendant des siècles, avec son papier et sa reliure faite pour un lecteur précis. Les livres imprimés avant 1501, aux débuts de l'imprimerie, portent même un nom à part, les incunables. Dans le métier, on parle en général de livre ancien jusqu'au début du XIXe siècle, et de livre moderne ensuite, ce qui n'empêche pas les éditions originales du XXe siècle d'avoir leurs passionnés.

Chaque exemplaire garde aussi ses traces, un ex-libris collé au contreplat, des notes au crayon dans une marge, parfois un envoi signé par l'auteur (ce qu'on appelle couramment une dédicace, mot que les libraires réservent au texte imprimé en tête de l'ouvrage). C'est souvent cette histoire-là qui attache à un livre plus que son titre.

Par où commencer

Un auteur, une région ou un sujet

On arrive en général au livre ancien par un auteur qu'on aime depuis longtemps, ou par une région dont on cherche l'histoire imprimée. D'autres suivent un sujet, la cuisine ou la botanique, et rassemblent les livres qui en ont parlé au fil des siècles.

Le vocabulaire vient avec la pratique, et les catalogues de libraires, que beaucoup envoient sur demande ou mettent en ligne, sont une bonne école : chaque notice décrit un livre comme on apprend peu à peu à le faire.

La première erreur à éviter

Réparer soi-même. Le ruban adhésif sur une page déchirée, la colle sur un dos qui se détache, la gomme sur une rousseur : ces gestes laissent des traces plus graves que le défaut d'origine, et le ruban adhésif finit par jaunir et traverser le papier. On garde le livre tel qu'il est, éventuellement dans une boîte, et on demande l'avis d'un relieur ou d'un restaurateur avant toute intervention.

Délimiter son périmètre

Des siècles d'imprimé, dans toutes les langues : une bibliothèque se construit forcément autour de quelques fils, qu'on tire un par un.

  • Un auteur. Ses éditions originales, ses éditions illustrées, les livres qui parlent de lui.
  • Une région. Histoires locales, guides anciens, monographies de villages : ce qu'on appelle le régionalisme.
  • Un sujet. La gastronomie, les sciences, les voyages, la médecine, l'enfance.
  • Un éditeur ou une collection. Ses publications au fil des années, ses couvertures, ses cartonnages.
  • Le livre comme objet. Broché dans sa couverture d'éditeur, relié en cuir, ou en cartonnage d'éditeur décoré : certains suivent les reliures d'une époque, d'autres les livres illustrés ou les livres d'artiste.

Les livres qui font rêver

Les éditions originales des grands textes sont le graal de bien des bibliophiles : la première publication en volume d'un texte, brochée avec sa couverture ou dans une reliure d'époque. Un envoi de l'auteur fait de l'exemplaire une pièce unique, surtout quand il s'adresse à un proche ou à un autre écrivain.

Chez les verniens, un cartonnage Hetzel des Voyages extraordinaires se reconnaît à sa plaque et à sa couleur, et chaque variante a ses chasseurs. D'autres rêvent d'une reliure signée par un grand relieur, ou d'un livre d'artiste où un peintre a illustré le texte à part entière. Plus près de chez soi, la monographie d'un village écrite par un érudit local, introuvable en librairie, fait parfois autant plaisir qu'un grand classique.

Identifier une édition et juger son état

Lire un livre comme un libraire

  • La page de titre. Elle donne en général l'auteur, le titre, le lieu, l'imprimeur ou l'éditeur et la date. Les incunables n'en ont souvent pas, et se datent par le colophon, à la fin du volume, quand il y en a un.
  • L'achevé d'imprimer. Dans les livres plus récents, il précise la date d'impression, qui peut différer de celle de la page de titre.
  • La justification du tirage. Sur beaucoup d'éditions du XXe siècle, elle indique combien d'exemplaires ont été tirés sur chaque papier, et le numéro de l'exemplaire quand il est numéroté. Les exemplaires sur papier de qualité, les grands papiers, viennent en premier, et les plus luxueux forment le tirage de tête.
  • Le format. In-folio, in-quarto, in-octavo, in-douze : il dit en combien de feuillets la feuille d'impression a été pliée, deux pour l'in-folio, huit pour l'in-octavo. Il renseigne sur la fabrication, pas sur la taille exacte du livre.

Une mention comme « deuxième édition » ou « 15e mille » signale en général un tirage postérieur à l'original. Pour savoir si un livre est complet, on fait sa collation : compter les pages et les planches, et comparer avec la description d'une bibliographie ou d'un exemplaire numérisé sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.

Le vocabulaire de l'état

  • Les coiffes. Le haut et le bas du dos. Celle du haut souffre quand on tire le livre par là, celle du bas frotte sur l'étagère.
  • Les mors. L'articulation extérieure entre le dos et les plats, la charnière étant son pendant à l'intérieur : un mors fendu fragilise toute la reliure.
  • Les rousseurs. Les petites taches brunes que l'humidité fait apparaître, liées selon les cas à des moisissures ou aux impuretés du papier.
  • Les mouillures. Les auréoles laissées par l'eau, à distinguer des rousseurs.

Une bonne description distingue la reliure d'époque, contemporaine de l'impression, d'une reliure refaite plus tard. Côté copies, le mot « contrefaçon » a ici un sens historique : il désigne une édition pirate d'époque, imprimée sans droit, et certaines sont recherchées pour elles-mêmes. Ce qui demande de l'attention, c'est l'exemplaire complété sans le dire, avec des feuillets pris à un autre exemplaire ou une page de titre refaite en fac-similé : une description sérieuse le signale toujours. Les vérifications d'authenticité valent aussi pour un livre, en comparant chaque cahier avec un exemplaire décrit.

« Édition originale, in-octavo, reliure d'époque en demi-veau, coiffes frottées, mors intacts. Complet de ses planches d'après la collation. Rousseurs éparses, ex-libris d'un ancien propriétaire au contreplat. »

Où chercher, en plus des circuits habituels

  • Les libraires d'ancien. Beaucoup adhèrent au SLAM, le Syndicat national de la librairie ancienne et moderne. Leurs catalogues décrivent chaque livre en détail, et ils peuvent chercher un titre pour un client.
  • Le Salon international du livre rare et des arts graphiques. Organisé chaque année à Paris par le SLAM, il réunit des libraires français et étrangers, et on y voit de près des livres qu'on croise rarement ailleurs.
  • Le marché du parc Georges-Brassens. À Paris, chaque samedi et dimanche, des dizaines de bouquinistes sous les halles de l'ancien marché aux chevaux de Vaugirard.
  • Les villages du livre. Bécherel en Bretagne ou Montolieu dans l'Aude rassemblent librairies et bouquinistes dans quelques rues, avec des marchés aux livres à certaines dates.
  • Les ventes de livres. Les maisons de ventes organisent des vacations consacrées aux livres et manuscrits, avec un expert, et leurs catalogues décrivent chaque lot comme un libraire.

Dans les vide-greniers et les débarras, les livres arrivent en cartons entiers qu'on fouille jusqu'au fond, et les ficelles du chineur aident à repérer les stands qui vident un vrai grenier. On y feuillette sans rien forcer : un livre relié qui résiste à l'ouverture ne s'ouvre qu'à demi.

Ranger et manipuler

  • Debout, sans serrer. Des livres de même hauteur côte à côte, ni tassés ni penchés, et les grands formats à plat, seuls de préférence, ou en piles basses avec le plus grand dessous.
  • Sortir un livre. En repoussant légèrement vers le fond les deux voisins, puis en le prenant par le milieu du dos, jamais en tirant sur la coiffe.
  • Les jaquettes. Une protection en polyester, sans PVC, garde une jaquette fragile sans la coller.
  • Le cuir. Aucun produit d'entretien sans avis : une crème mal choisie tache le cuir et le papier voisin.
  • Les pages non coupées. Un exemplaire dont les cahiers n'ont jamais été ouverts se garde tel quel, sans couteau.

L'humidité fait naître rousseurs et moisissures, et la lumière fane les dos. Une étagère plaquée contre un mur extérieur froid prend l'humidité : on laisse quelques centimètres derrière les livres pour que l'air circule. Pour la température et l'hygrométrie, on vise la plage que les conservateurs recommandent pour le papier, et un livre qui sent le moisi s'isole des autres avant de demander conseil.

Ce qu'on note dans l'inventaire

  • L'identité. Auteur, titre, lieu, éditeur ou imprimeur, date.
  • L'édition. Originale ou non, tirage, numéro de l'exemplaire et papier pour une édition limitée.
  • La description matérielle. Format, nombre de volumes, reliure et son époque, collation.
  • L'état. Coiffes, mors, rousseurs, mouillures, manques.
  • La provenance. Ex-libris, envoi, annotations, et d'où vient le livre : une bibliothèque de famille, un libraire, une vente.

Sur le site, chaque livre a sa fiche, avec l'auteur, le titre et la date en tête, et le reste en description ou en critères personnalisés. Le compte gratuit en permet trois par collection, assez pour le format, la reliure et l'état ; pour les deux premiers, une liste déroulante (30 choix au plus) évite les fautes de frappe. Quatre photos par objet suffisent pour la page de titre, le dos et la justification. Le plafond de 100 objets par collection se fait sentir plus vite : une bibliothèque de famille le dépasse sans peine, et on la répartit alors en plusieurs collections, par auteur ou par siècle. Si tu pars de zéro, monter un inventaire pas à pas aide à fixer ces rubriques avant la première fiche.

La communauté des bibliophiles en France

Les libraires d'ancien sont souvent les premiers à qui parler : la plupart aiment raconter leurs livres, même à quelqu'un qui n'achète pas ce jour-là. Bien des auteurs ont aussi leur société d'amis, comme la Société Jules Verne, dont le bulletin et les bibliographies aident à identifier une édition.

Les catalogues des bibliothèques qui conservent un fonds ancien, réunis dans le Catalogue collectif de France, servent à comparer un exemplaire. Une fois tes premières fiches faites, la catégorie Livres est l'endroit où les montrer, et où d'autres bibliophiles pourront suivre ta bibliothèque ou commenter une page de titre.

Questions fréquentes

Comment savoir si un livre est une édition originale ?

En comparant l'exemplaire avec la description d'une bibliographie ou d'un libraire : date de la page de titre, achevé d'imprimer, absence de mention comme « deuxième édition ». Pour une édition limitée, la justification du tirage indique le papier et le numéro de l'exemplaire.

Comment dater un livre ancien ?

La page de titre donne en général le lieu, l'imprimeur ou l'éditeur et la date. Les incunables, imprimés avant 1501, n'en ont souvent pas et se datent par le colophon quand il existe. Sans date, l'adresse de l'éditeur, le catalogue publicitaire relié en fin de volume ou le catalogue de la BnF aident à situer l'édition.

Comment reconnaître un livre ancien de valeur ?

Un livre vieux n'est pas forcément recherché. Ce qui pèse, c'est l'édition, originale ou non, l'état de la reliure et du papier, la complétude vérifiée par la collation, et la provenance, comme un envoi de l'auteur. Pour une estimation, un libraire d'ancien ou l'expert en livres d'une maison de ventes donne un avis plus sûr que les annonces en ligne, et les résultats de ventes de livres comparables servent de repère.

Où trouver un salon du livre ancien ?

Le Salon international du livre rare et des arts graphiques, organisé chaque année à Paris par le SLAM, est le grand rendez-vous des libraires d'ancien. Beaucoup de villes ont aussi leur salon du livre ancien, annoncé par les libraires de la région. Pour chiner toute l'année, il y a le marché du parc Georges-Brassens à Paris, chaque week-end, et les villages du livre comme Bécherel ou Montolieu.

Comment enlever les rousseurs d'un livre ancien ?

On ne les enlève pas soi-même : gomme, eau ou produit blanchissant abîment le papier plus que les taches. On garde plutôt le livre dans une pièce tempérée, ni humide ni trop sèche, et on confie à un restaurateur ce qui mérite un traitement.

Que faire d'une bibliothèque ancienne héritée ?

Ne rien jeter ni disperser avant un tri : noter ce qu'elle contient, repérer les livres reliés, illustrés ou annotés, puis demander l'avis d'un libraire d'ancien ou d'un commissaire-priseur. Une bibliothèque municipale peut aussi s'intéresser aux ouvrages sur l'histoire locale.

Montre-nous ta collection

Ajoute tes objets, leurs photos et l'histoire de chacun. Garde tout ça pour toi si tu préfères, ou publie-le et laisse d'autres passionnés tomber dessus.