Collectionner les pièces de monnaie : le guide complet
Du pot de pièces familial aux séries complètes : délimiter son périmètre, lire l'usure, ranger sans PVC et trouver les clubs de numismates.
Beaucoup de collections de pièces commencent par un pot. Celui où un parent jetait la monnaie étrangère au retour des vacances, ou la boîte en fer retrouvée chez des grands-parents, avec des francs, des centimes troués et une pièce d'argent que personne n'a jamais su dater.
Et puis un jour, on se met à regarder la face nationale des pièces de 2 euros qu'on nous rend, et la boîte ne suffit plus.
Ce qui accroche dans une pièce
Une pièce porte sa date et la marque de l'État qui l'a frappée. Chaque trace d'usure raconte un passage de main en main, et on tient dans la paume un petit morceau d'histoire daté à l'année près.
Il y a aussi le plaisir de la série. Les pièces se rangent naturellement par pays, par valeur et par millésime, et la liste de ce qui manque se dresse presque toute seule.
Par où commencer
Le porte-monnaie, d'abord
L'euro est sans doute le terrain de départ le plus accessible. Chaque pays de la zone frappe sa propre face nationale, et depuis 2004, chacun peut émettre des pièces de 2 euros commémoratives : une par an jusqu'en 2011, deux depuis 2012, plus des émissions communes à toute la zone. Il en passe régulièrement dans la monnaie rendue, et les repérer devient vite un réflexe.
La première erreur à éviter
Nettoyer. Une pièce ternie donne envie de la faire briller, et on est nombreux à l'avoir fait au début, puis à le regretter. On la garde telle qu'elle est, même sale, et on demande conseil avant d'y toucher : ce que le frottement fait au métal se voit à la loupe, et un numismate le repère tout de suite.
Délimiter son périmètre
On collectionne rarement « les pièces » en général. Très vite, on s'aperçoit que ce qui nous attire est plus précis, et c'est ce périmètre qui rend la collection lisible.
- Par pays ou par zone. La France, la zone euro, un pays visité, ou tous les pays du monde à raison d'une pièce chacun.
- Par période. Royales, Napoléon, francs de la IIIe République, Ve République, euro.
- Par type. La Semeuse d'Oscar Roty, par exemple, apparue sur les pièces d'argent à la fin du XIXe siècle, revenue sur le franc de la Ve République et toujours présente sur les 10, 20 et 50 centimes d'euro français.
- Par millésime et par atelier. Une même pièce, année après année, avec ses lettres d'atelier sur les monnaies anciennes (A pour Paris) ou ses différents, ces petits symboles qui identifient le directeur de l'atelier et le graveur.
- Les billets. La billetophilie a ses propres règles d'état et de conservation, et beaucoup de collectionneurs de pièces finissent par y glisser un pied.
Les pièces qui font rêver
Chaque périmètre a ses pièces mythiques. Côté euro, ce sont surtout celles des micro-États, Monaco, le Vatican, Saint-Marin et Andorre, frappées en petites quantités et vendues en bonne partie en coffrets. La pièce de 2 euros de Monaco à l'effigie de Grace Kelly, émise en 2007 à une vingtaine de milliers d'exemplaires, est devenue l'emblème de cette quête.
Dans les séries plus anciennes, ce sont plutôt les millésimes à faible tirage d'un type par ailleurs courant : la même pièce que dans le pot de famille, à une date près. Restent les monnaies fautées, frappe décentrée, flan mal découpé ou double frappe, qui ont leurs propres amateurs. Méfiance quand même : une pièce abîmée après sa sortie d'atelier n'est pas une fautée, et beaucoup d'annonces jouent sur la confusion.
L'état et la qualité de frappe
En France, l'état se note sur l'échelle qui va de AB à FDC, en passant par B, TB, TTB, SUP et SPL, détaillée avec ses équivalents étrangers dans le glossaire des termes de collection. Reste à savoir où regarder.
Lire l'usure
- Les points hauts. Les cheveux, la joue, les plis d'un vêtement : c'est là que l'usure apparaît en premier.
- Les chocs. Sur la tranche et le grènetis, la petite couronne de points qui borde certaines faces.
- Les rayures et les traces de nettoyage. Visibles à la loupe sous une lumière rasante, en faisant tourner la pièce.
« France, 1/2 franc Semeuse, 1965. Nickel. TTB, usure légère sur les plis de la robe, petit choc sur la tranche à 3 heures. »
Pièce de circulation ou de collection
Les qualités de collection, brillant universel et belle épreuve, n'ont pas été frappées pour circuler. Une pièce de circulation, même superbe, reste une autre pièce qu'une BU du même millésime : on note les deux séparément. La gradation par une société, sous coque scellée, se pratique surtout pour les pièces anciennes ou en métal précieux, beaucoup moins pour l'euro courant.
Où chercher, en plus des circuits habituels
Vide-greniers, annonces en ligne, enchères et bourses : les lieux où chiner en général valent aussi pour les pièces. Quelques canaux sont propres à la numismatique.
- La monnaie rendue. Pour l'euro, le premier terrain de chasse, et le seul où une pièce recherchée coûte sa valeur faciale.
- La Monnaie de Paris. Elle vend les émissions françaises en qualités de collection, à l'unité ou en coffrets annuels.
- Les négociants numismates. Leurs listes à prix marqués et leurs ventes sur offres, où l'on envoie une offre écrite avant une date de clôture, couvrent toutes les époques.
- Les bourses numismatiques. Organisées par les clubs, elles mêlent marchands et collectionneurs qui échangent leurs doubles.
Le détecteur de métaux, lui, est encadré : selon le Code du patrimoine (article L542-1), chercher avec un détecteur des objets pouvant intéresser l'histoire ou l'archéologie demande une autorisation administrative préalable. Pour une pièce ancienne ou en métal précieux, le poids et le diamètre se comparent à la fiche du catalogue avec une balance de précision et un pied à coulisse, et la tranche, lisse, cannelée ou inscrite, doit correspondre au type : les vérifications qui démasquent une copie passent avant le paiement.
Ranger et manipuler
Une pièce se tient par la tranche, entre le pouce et l'index, jamais par les faces : la sueur des doigts finit par marquer le métal. Une table couverte d'un tissu amortit une chute, et des gants en nitrile évitent les traces sur les BU et les BE.
- Les capsules rigides. Une pièce par capsule, à son diamètre, pour celles qui comptent.
- Les plateaux et médailliers. Des alvéoles dans des tiroirs, en bois sain et sec, ni chêne ni aggloméré, ou en plastique neutre, à l'abri de l'humidité.
- Les albums et pochettes. Pratiques pour les séries, à condition d'être sans PVC : les pochettes souples en PVC laissent avec le temps un dépôt verdâtre qui attaque le métal.
Pour l'humidité, les écarts de température et les vitrines, les principes de conservation du métal valent pour toute la collection.
Ce qu'on note dans l'inventaire
- L'identité. Pays, valeur faciale, millésime, atelier ou différent, métal.
- La qualité. Circulation, BU ou BE, puis l'état sur l'échelle française.
- La référence de catalogue. Gadoury ou Le Franc pour les monnaies françaises modernes, la numérotation KM pour le reste du monde, ou le numéro de la fiche Numista.
- La provenance. D'où vient la pièce, quand et à quel prix, surtout pour les monnaies anciennes.
Sur le site, un critère de type pays affiche le drapeau, une liste déroulante tient l'échelle d'état, et un critère marqué privé garde le prix payé pour toi. Le compte gratuit s'en tient à trois critères et 100 objets par collection : le reste des informations trouve sa place dans la description, et une collection d'euros se découpe facilement par pays.
La communauté numismatique en France
La numismatique française est organisée depuis longtemps. La Société française de numismatique, fondée en 1865, réunit chercheurs et amateurs et publie des travaux de référence. Partout en France, des clubs locaux tiennent des réunions et organisent des bourses : c'est en général là qu'on apprend le mieux à lire une pièce.
En ligne, Numista combine un catalogue collaboratif, la gestion de sa collection et l'échange de doubles entre membres, et les forums spécialisés répondent aux questions d'identification. Sur le site, la catégorie Pièces et billets réunit les collections que des membres ont choisi de rendre publiques. La tienne y a sa place.
Questions fréquentes
Comment commencer une collection de pièces de monnaie ?
Par ce qu'on a sous la main : les pièces d'euro, dont chaque pays frappe sa face nationale et ses 2 euros commémoratives, ou les francs d'une boîte de famille. On délimite ensuite un périmètre, un pays, une période ou un type, et on garde les pièces telles quelles, sans les nettoyer.
Faut-il nettoyer une pièce de monnaie ancienne ?
En général, non. Le nettoyage efface la patine et laisse des micro-rayures, et une pièce nettoyée est le plus souvent moins recherchée qu'une pièce restée dans son état. En cas de doute, demande conseil à un numismate ou à un club avant d'y toucher.
Comment savoir si une pièce de 2 euros est rare ?
En vérifiant son pays, son millésime et son type dans un catalogue ou sur Numista, qui indiquent les tirages. Les pièces des micro-États, Monaco, Vatican, Saint-Marin et Andorre, et certaines commémoratives à faible tirage sont les plus recherchées. Une pièce abîmée après sa frappe n'est pas une erreur de frappe.
Comment ranger une collection de pièces ?
Dans des capsules rigides pour les pièces qui comptent, dans des plateaux ou des médailliers, ou dans des albums sans PVC. On les tient par la tranche, à l'abri de l'humidité, et on évite les pochettes souples en PVC, qui laissent un dépôt verdâtre sur le métal.
Que veulent dire TTB et SUP sur une pièce ?
Ce sont deux crans de l'échelle française d'état. TTB, très très beau, désigne une pièce légèrement usée sur les points hauts ; SUP, superbe, une pièce à peine marquée par la circulation. L'échelle va de AB, assez beau, à FDC, fleur de coin.
Comment faire estimer sa collection de pièces ?
Commence par identifier chaque pièce, pays, millésime, atelier et état, puis relève des ventes conclues comparables plutôt que des annonces en cours. Pour un ensemble important, des pièces anciennes ou en métal précieux, un négociant numismate ou un expert peut établir une estimation écrite.