Collectionner les pin's : le guide complet
Du vieux cadre des années 1990 aux échanges olympiques : lire le dos d'un pin's, reconnaître sa fabrication et le garder intact.
Les pin's ont eu leur heure de gloire, et beaucoup de cadres couverts de logos attendent encore au fond d'un placard. Le club de foot du coin y côtoie une marque de lessive, la mascotte d'une station de ski ou le pin's d'une banque qu'on avait réclamé au guichet.
Certains n'ont jamais arrêté. D'autres y reviennent en retrouvant le cadre, ou par un tout autre chemin, un échange aux Jeux olympiques de Paris, une première fois à Disneyland. Dans tous les cas, le réflexe de retourner un pin's pour regarder son dos vient tout seul.
Ce qui accroche dans un pin's
L'épinglette existait bien avant, comme insigne militaire ou signe d'appartenance. En France, la vogue part du tournoi de Roland-Garros, dont les pin's, fabriqués par la maison Arthus-Bertrand, sont très médiatisés en 1987. Suivent quelques années de folie, avec un sommet au début des années 1990 : entreprises, clubs et communes font faire le leur, des bourses s'organisent, des magazines spécialisés paraissent. Le mot lui-même est un faux anglicisme, puisqu'en anglais on dit plutôt lapel pin ou pin badge. Les collectionneurs se sont parfois baptisés philopins.
Un pin's garde la publicité et la vie locale d'une époque en quelques centimètres de métal. Il se porte au revers d'une veste et s'échange de la main à la main. Les Jeux olympiques ont gardé cette tradition de l'échange entre délégations, et Paris 2024 l'a remise sous les yeux de beaucoup de monde.
Par où commencer
Ouvrir le vieux cadre
Le premier geste consiste en général à ouvrir le dos du cadre, à retirer les attaches une à une et à regarder chaque pin's de près, face et dos. Une attache qui résiste se laisse en place : forcer sur un picot oxydé, c'est risquer de le casser. Certains pin's portent au verso le nom du fabricant, parfois un numéro, d'autres rien du tout. Ce tri fait aussi apparaître des thèmes qu'on ne voyait pas, la moitié du cadre tournant peut-être autour des voitures ou d'un sport.
La première erreur à éviter
Ranger les pin's en vrac, sans leur attache. Le papillon couvre la pointe du picot, qui sinon raye les autres pin's au fond d'une boîte et pique les doigts. Une attache perdue se remplace par une neuve, mais on garde celles d'origine sur leur pin's, et les attaches qui traînent dans une boîte peuvent toujours resservir.
Délimiter son périmètre
Il s'en est fabriqué des quantités énormes, et il en sort encore. Le périmètre se dessine en général tout seul, à partir des premiers cadres.
- Un thème. L'automobile, l'aviation, les sapeurs-pompiers, un sport ou la publicité d'une époque.
- Un lieu. Les communes d'un département, les stations de ski, les clubs d'une région.
- Un événement. Un tournoi, une course cycliste, une édition des Jeux olympiques.
- Un fabricant ou une technique. Les pin's signés d'une maison, ou seulement ceux en émail grand feu.
- Les pin's Disney. Avec leurs éditions limitées et l'échange dans les parcs, qui a ses règles.
Les pin's qui font rêver
Les premiers pin's de Roland-Garros gardent une place particulière, puisque c'est avec eux que la vogue a démarré. Les séries tirées à petit nombre, parfois numérotées, et les pin's en émail grand feu signés par un fabricant reconnu attirent aussi l'attention. Les collectionneurs olympiques, eux, cherchent les pin's des délégations et des comités d'organisation des anciennes éditions des Jeux. Côté Disney, on guette les éditions limitées, et l'échange avec les employés des parcs, qui portent leurs pin's sur un cordon, fait partie du plaisir.
Pour beaucoup, le pin's qu'on guette des années est simplement celui qui manque à un thème, souvent un club ou une commune dont presque personne n'a gardé la trace.
Identifier un pin's et juger son état
La technique
Les collectionneurs français classent les pin's selon leur fabrication, avec quelques sigles qu'on retrouve dans les annonces.
- Émail grand feu (EGF). Un émail vitrifié au four à haute température, considéré comme la meilleure qualité, et devenu rare.
- Émail à froid (EF). Une peinture coulée dans les creux, sous les traits de métal restés en relief, et durcie sans passer au four.
- Époxy. Une couche de résine transparente posée sur l'émail à froid, qui donne un aspect lisse et bombé.
- Sérigraphie. Un décor imprimé à plat, sans relief, parfois protégé par de la résine.
Le métal compte aussi : beaucoup de pin's sont en zamac, un alliage de zinc moulé, d'autres en laiton, avec souvent une fine finition dorée ou argentée. Les fabricants d'aujourd'hui parlent d'émail « dur » et « doux » (hard et soft enamel). L'émail dur est le plus souvent une résine polie à ras du métal, qui imite le cloisonné, et un pin's vendu comme « cloisonné » n'est donc pas forcément un émail cuit au four comme l'EGF.
Ce qu'on regarde
- La face. Éclats d'émail, rayures, résine jaunie ou fendillée, dorure usée sur les reliefs.
- Le dos. Nom du fabricant, numéro éventuel, picot droit et bien fixé, attache présente ou non.
« Pin's émail grand feu, doré, signé au dos, attache papillon présente. Petit éclat d'émail en bas à droite, dorure intacte, picot droit. »
Les pin's Disney sont très copiés. Aux contrefaçons s'ajoutent les « scrappers », que les collectionneurs décrivent comme des pin's sortis des usines sans l'aval de Disney, rebuts du contrôle qualité ou tirages en trop. Un pin's plus fin que l'original, aux bords rugueux, aux couleurs ternes ou un peu fausses, doit faire douter, et rien ne vaut une comparaison avec un exemplaire sûr, dos compris. Les réflexes face à une copie aident à trier les doutes, mais pour Disney, l'œil se forme surtout en manipulant des pin's sûrs.
Où chercher, en plus des circuits habituels
- Les bourses et salons. Les bourses multicollections ont souvent quelques tables de pin's, et des salons leur sont entièrement consacrés, comme le salon national du pin's, à Saint-Amand-Montrond, dans le Cher.
- Les cadres et les lots. Des cadres entiers des années 1990 ressortent des greniers, et un lot en vrac cache parfois la pièce qu'on cherchait.
- Les associations. Amicales de pompiers, clubs sportifs ou comités des fêtes : certaines font encore éditer leur pin's.
- Les événements. Compétitions sportives et festivals, et à Disneyland Paris, l'échange d'un pin's Disney en métal contre un pin's du cordon d'un employé, un à la fois.
Un cadre entier se juge comme n'importe quel lot de brocante : on demande au vendeur à voir quelques dos avant de faire une offre, et ce qu'on apprend en chinant fait le reste.
Ranger et entretenir
- Plantés, pas en vrac. Classeur à pages en mousse de polyéthylène, cadre tendu d'un tissu synthétique plutôt que de feutrine de laine, qui ternit les finitions argentées, ou boîte à compartiments, avec l'attache en place au dos.
- Une pièce sèche. L'humidité fait ternir les finitions dorées, souvent très minces, et peut couvrir le zamac d'une corrosion blanchâtre. Un cadre fermé en aggloméré ou en MDF se laisse aérer longuement avant usage, le zinc craignant ses vapeurs.
- À l'abri du soleil. Un cadre exposé à la lumière directe fait pâlir les sérigraphies et jaunir la résine.
- Sans PVC. Pas de pochettes ni de boîtes en PVC, qui dégagent en vieillissant des composés qui attaquent le métal.
- Le nettoyage. Un pinceau doux, sans frotter. Ni eau, ni produit à faire briller le métal, qui emporte une dorure mince, ni solvant, quelle que soit la technique.
Les doigts laissent sur une dorure des traces qui finissent par marquer : on tient le pin's par les bords. Les bois et les panneaux qui attaquent le métal sont détaillés dans le guide de conservation.
Ce qu'on note dans l'inventaire
- Le sujet. Marque, club, commune ou événement, avec l'année si elle est connue.
- La fabrication. Technique (EGF, EF, époxy, sérigraphie), métal, finition dorée ou argentée.
- Le dos. Nom du fabricant, numéro et tirage s'ils figurent, nombre de picots.
- L'état. Face, dos et attache.
- La provenance. Cadre de famille, bourse, échange ou événement, avec la date.
Les catalogues parus pendant la vogue n'ont pas été tenus à jour, et aucun ne joue pour les pin's le rôle de l'Yvert et Tellier pour les timbres : ta propre liste sert de référence. Sur le site, un seul cadre peut dépasser les 100 objets permis par collection sur le compte gratuit, et découper par thème (pompiers, automobile, Jeux olympiques) règle la question. Dans une collection par thème, ouvre le titre de chaque fiche par le sujet, puis l'année quand tu la connais (« Renault Clio 1991 ») : en ordre alphabétique, les pin's d'une même marque ou d'une même commune se suivent. Trois critères personnalisés par collection, c'est assez pour la technique, en liste déroulante, et pour le fabricant. Quatre photos par objet couvrent la face, le dos et un défaut à surveiller. Noter la provenance au moment où un pin's arrive évite d'avoir à la reconstituer des années plus tard.
La communauté des pin's
Des clubs organisent encore des bourses et des salons dans plusieurs régions, les forums de philopins aident à identifier un pin's sans signature, et les collectionneurs olympiques ont leurs propres rendez-vous d'échange. Côté Disney, on compare les éditions et on signale les copies sur des forums spécialisés.
La catégorie Pins et épingles du site attend encore sa première collection publique. Les logos sans nom sont nombreux sur les pin's des années 1990, et c'est souvent un autre collectionneur qui finit par les reconnaître, à condition d'avoir vu le dos.
Questions fréquentes
Que veut dire EGF sur un pin's ?
EGF signifie émail grand feu : un émail vitrifié à haute température, considéré par les collectionneurs comme la meilleure qualité, et devenu rare. On le distingue de l'émail à froid (EF), une peinture coulée dans les creux entre les traits de métal, et de l'époxy, une résine transparente posée par-dessus.
Comment reconnaître un pin's Arthus-Bertrand ?
Retourne-le : les pin's de qualité sont en général signés au verso, et ceux de la maison portent son nom. Un nom au dos ne prouve rien à lui seul : la finition de la face, émail net et dorure régulière, et la comparaison avec un exemplaire sûr complètent l'examen.
Comment reconnaître un faux pin's Disney ?
Une copie est souvent plus fine que l'original, avec des bords rugueux et des couleurs ternes ou un peu fausses. Les « scrappers », sortis des usines sans l'aval de Disney, sont plus difficiles à repérer : ils se trahissent surtout en comparant avec un pin's sûr, face et dos.
Comment ranger une collection de pin's ?
Chaque pin's planté à sa place, attache au dos, dans un classeur à pages en mousse de polyéthylène, un cadre tendu de tissu synthétique ou une boîte à compartiments, sans PVC. Le tout dans une pièce sèche, à l'abri du soleil, qui fait pâlir les décors et jaunir la résine.
Comment savoir si un pin's a de la valeur ?
Les catalogues parus pendant la vogue des pin's n'ont pas été tenus à jour. Identifie le sujet, la technique, le fabricant et le tirage s'il est indiqué au dos, puis cherche les ventes conclues du même pin's, dans un état comparable.
Comment vendre une collection de pin's ?
Trie-la par thème, mets à part les pin's numérotés, en émail grand feu ou recherchés, à présenter à l'unité avec une photo du dos, et propose le reste en lots par thème. Bourses et forums de collectionneurs touchent ceux qui cherchent les mêmes sujets.